Cahiers du cinéma : Il semble qu'il y ait moins de stars féminines ?
Gérard Depardieu : C'est très difficile pour une femme, d'abord parce que les gens sont très misogynes. Sylvie Vartan me disait un jour : "Johnny, il peut suer sur scène, tout le monde dira : "quel homme, quelle bête de scène !", moi, si je sue, les gens vont me cracher dessus". Au cinéma c'est pareil, une femme, il faut qu'elle soit belle, qu'elle ne vieillisse pas. Dans les files d'attente devant les cinémas on entend souvent ce genre de réflexion à l'égard des actrices : "tiens, elle a vieilli, elle a grossi". On ne fait pas ce genre de réflexion sur les acteurs hommes. Et puis le milieu du cinéma est très misogyne, c'est paradoxal d'ailleurs car les acteurs sont en général très féminins.
Cahiers du cinéma : Jadis, il n'y avait pas moins de misogynie, surtout dans le cinéma américain et pourtant il y avait des grandes stars : Marilyn, Ava Gardner, Rita Hayworth, etc.
Depardieu : Elles étaient fabriquées par les studios, la M.G.M., etc. Elles étaient achetées par les grandes compagnies américaines. C'était de l'esclavage. Ils lançaient la blonde platine, une couleur de cheveux, un style de corps et les actrices étaient façonnées de toutes pièces en fonction de ces modes.
Cahiers du cinéma,
Situation du cinéma français I,
Mai 1981, pages 114-116
Propos recueillis par Serge Daney et Danièle Dubroux







