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JEAN RACINE
« Oh putain ! C'est en vers ? »
Jean-Pierre Bacri, Le Goût des Autres, Agnès Jaoui.
Racine, Bérénice, Anne Alvaro.

Pensez−y bien. J'attends pour me déterminer...
Vous refusez l'honneur que je voulais vous faire ?
Un coeur déjà glacé par le froid des années !
J'ai pris soin de m'armer contre tous les poisons
Quoi ! des plus chères mains craignant les trahisons
De ce trouble fatal par où dois−je sortir ?
Je brûle, je l'adore ; et loin de la bannir...
Des faiblesses d'un coeur qui cherche à se séduire !
Songeons plutôt, songeons à gagner sa tendresse
J'ai besoin d'un vengeur, et non d'une maîtresse
Pourquoi répandre un sang qui m'est si nécessaire ?
Non, non, plus de pardon, plus d'amour pour l'ingrate
Qui suis−je ? Est−ce Monime ? Et suis−je Mithridate ?
Peu s'en faut que mon coeur, penchant de son côté
Et moi, dans un lâche silence
Je semble de sa fuite approuver l'insolence ?
Lisez-vous dans mes yeux quelque triste présage ?
Vous vous troublez, madame, et changez de visage
Mon génie étonné tremble devant le sien
Mais enfin mes efforts ne me servent de rien
Que je la fuis partout, que même je l'offense
De ces yeux où j'ai lu si longtemps mon devoir
Sitôt que mon malheur me ramène à sa vue
Mais, je t'expose ici mon âme toute nue
Je l'ai laissée passer dans son appartement
Que présage à mes yeux cette tristesse obscure
Mais que vois-je ? Vous-même, inquiet, étonné
Mes plaintes ont déjà précédé vos murmures
Ne peut-il faire un pas qui ne vous soit suspect ?
Mon nom peut-être aura plus de poids qu'il ne pense
Je sais que d'aucun crime elle n'est soupçonnée ;
L'heureuse liberté de ne le voir jamais ?
Qui croit voir son salut ou sa perte en ma main
Ne saurait-il rien voir qu'il n'emprunte vos yeux ?
Moi, fille, femme, soeur et mère de vos maîtres !
Madame, en le voyant, songez que je vous voi
J'entendrai des regards que vous croirez muets
Caché près de ces lieux, je vous verrai, madame
Je vous ai déjà dit que je la répudie
C'en est trop. De tous deux il faut que je l'écarte.
Que vois-je autour de moi, que des amis vendus
Et ma jeunesse même écarte loin de moi
Sont autant d'inconnus que glace ma misère
La croirai-je, Narcisse ? et dois-je sur sa foi
Mais je sens que bientôt ma douceur est à bout
O ciel ! plus j’examine, et plus je le regarde...
Je puis, quand je voudrai, parler en souveraine
Manquerait-on pour moi de complaisance ?
Mais, sur la foi d’un songe
Voilà quel trouble ici m’oblige à m’arrêter
Sa démarche, ses yeux, et tous ses traits enfin
Et moi je lui tendais les mains pour l’embrasser
C’était pendant l’horreur d’une profonde nuit.
Les morts, après huit ans, sortent-ils du tombeau ?
Athalie étouffa l’enfant même au berceau
Les cieux par lui fermés et devenus d’airain
Je vous ai déjà dit que je la répudie
Ni cet excès d'honneur, ni cette indignité.
Vous m'offrez tout d'un coup la place d'Octavie.
Seigneur, avec raison je demeure étonnée.
Songez-y donc, madame, et pesez en vous-même
Vous !
Plus j'ai cherché, madame, et plus je cherche encor
Moi, madame.
A combien de chagrins il faut que je m'apprête !
D'autant plus malheureux qu'il aura su lui plaire
Dis-moi : Britannicus l'aime-t-il ?
Seule, dans son palais, la modeste Junie
J'employais les soupirs, et même la menace.
J'aimais jusqu'à ses pleurs que je faisais couler.
Immobile, saisi d'un long étonnement
Triste, levant au ciel ses yeux mouillés de larmes
Tout dépend de Pyrrhus, et surtout Hermione.
Il faut que je l'enlève, ou bien que je périsse.
Mon innocence enfin commence à me peser.
L'ingrate de mes pleurs jouira-t-elle moins ?
Quel plaisir de venger moi-même mon injure
Que je me perde ou non, je songe à me venger.
Je t'aimais inconstant, qu'aurais-je fait fidèle ?
Ah ! fallait-il en croire une amante insensée ?
Réunissons trois cœurs qui n'ont pu s'accorder...
Et je lui porte enfin mon cœur à dévorer
L'ingrate mieux que vous saura me déchirer
Mais non, retirez-vous, laissez faire Hermione
Venez-vous m'enlever dans l'éternelle nuit ?
Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?
Eh bien ! filles d'enfer, vos mains sont-elles prêtes ?
Trouverai-je partout un rival que j'abhorre ?
Mais que vois-je ? A mes yeux Hermione l'embrasse !
Et si je viens chercher ou la vie ou la mort ?
J'en dois perdre plutôt jusques au souvenir.
Attendre, en vous aimant, la mort pour mon partage.
Qui me voyant toujours ne me voyaient jamais.
Que vous dirai-je enfin? Je fuis des yeux distraits
Ce nom qu'à tous moments votre bouche répète.
Je fais plus: à regret je reçois vos adieux.
Je fuis de leurs respects l'inutile longueur
Tu veux donc que je flatte une ardeur insensée?
Qui? moi? le retenir?
Je pars plus amoureux que je ne fus jamais.
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Nous séparer? Qui? Moi? Titus de Bérénice?

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